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Histoires
du cheval: Le
Barbe, cheval du Maghreb

Le cheval appelé « Barbe » est tout
simplement le cheval indigène du MAGHREB. Cette région
géographique a été « identifiée » sous ce nom dés
le Xème siècle de notre ère par les géographes arabes.
Ils l'ont décrite comme formée des pays que l'on
appellera plus tard : LIBYE, TUNISIE, ALGÉRIE, MAROC,
ESPAGNE, sans oublier la SICILE. De nos jours, ce terme de
Maghreb désigne encore les pays d'Afrique, au nord du
Sahara, le plus grand désert du monde. Ce nom arabe est
symétrique de Maschrek qui désigne le reste de la «
Nation Arabe », qui se situe au proche orient.
Cela dit, partons à la recherche du cheval du Maghreb.
1ère
PARTIE
Dans l'Antiquité, les Européens occidentaux que nous
sommes, héritiers des Romains, se souviennent qu'à la
fin de cette période historique, les territoires de la
rive sud de la Méditerranée constituaient les provinces
: de Cyrénaïque, d'Afrique, de Numidie et de Maurétanie
(Tingitane et Césarienne : Tanger et Cherchell)
appartenant à l'EMPIRE d'AUGUSTE et à ses successeurs.
Les provinces d'Afrique et de Numidie étaient le «
grenier à blé » de Rome. Pour les protéger contre les
raids des nomades cavaliers (car à cette époque le
dromadaire n'avait pas encore été introduit au Sahara et
les nomades chameliers n'existaient pas !), les Romains
imaginèrent et réalisèrent un énorme dispositif
défensif. On l'appelle dans l'histoire de l'Antiquité :
« (le) limes et fossatum Africae » !!!
Il était constitué de forts et fortins, de routes et
chemins, de fossés et de murs ; soit une ligne de
défense avancée quasi-continue, qui partant de LEPTIS
MAGNA (Tripoli), contournait les AURES par le sud et
remontant vers le nord ouest, atteignait CESAREE
(Cherchell).
Cette ligne de défense était soutenue en profondeur par
un réseau de voies (romaines) pour amener les renforts
des villes de garnisons : Thelepte (Feriana) - Tébessa -
Timgad - Lambasis - etc...
En 1992, j'étais à la fête annuelle des « Ouled sidi
Tlil » à Feriana (S.O. de la Tunisie - haute steppe).
Mon ami Fathi Tlili, descendant direct des Saints
Fondateurs de la « Zaouïa », me fit cadeau de pièces
de monnaies à l'effigie de TRAJAN, empereur de 98 à 117
; pièces trouvées dans sa ferme de Thelepte : le Haras
el Kheïma !
Ainsi nous avons la preuve que, de même qu'ils durent
combattre les cavaliers Parthes dans l'orient de leur
empire, les Romains ont dû faire face en Afrique du Nord
à une puissante menace des Cavaliers Gétules.
L'importance du système de défense prouve les qualités
guerrières des Cavaliers de ces populations des steppes
du sud et la réalité de la menace qu'ils firent peser
sur l'Empire.
Les chevaux de ces nomades étaient les lointains
ancêtres de nos Barbes, des bonnes variétés du Sud et
des hauts plateaux.
A la même époque, dans les colonies romaines au nord du
« Limes », existaient aussi des races de chevaux de
sédentaires, tant à l'Est qu'à l'Ouest, près du
littoral maritime. On peut les voir sur les mosaïques
rassemblées au Musée du Bardo à Tunis et celles des
ruines de Volubilis au Maroc. Ces chevaux là étaient
déjà caractérisés par leurs rondeurs et l'épaisseur
de leurs muscles !
Au Moyen-âge, à la fin de l'empire romain, les limes
désertés par les milices locales s'ouvrirent et
laissèrent passer les « Barbares » au Nord (ici même)
et, les « nomades cavaliers » au Sud.
Au Nord, les Vandales, à la triste mémoire, ravagent les
Gaules et pénètrent en Espagne vers 409. Ils y resteront
jusqu'en 425, puis passeront en Maurétanie. Sous les
ordres de Genséric, ils pillent toutes les colonies
romaines du littoral et arrivent à Carthage en 439.
Certains prétendent qu'il auraient fait ce long chemin
avec leurs chevaux germaniques (?), dont ils veulent faire
des ancêtres Barbe ? Hypothèse hasardeuse
! En tout cas, le métissage imaginé n'aurait pu se
faire que sur de faibles effectifs et se serait limité
aux rives de la Méditerranée ! Là où, plus tard, on
trouvera les plus mauvais barbes.
Au Sud de l'empire, et dans le même temps, le « limes
africae » s'ouvrit aux nomades cavaliers qui le
harcelaient depuis des siècles ! Ils se répandirent avec
leurs troupeaux de moutons et de chèvres du 32° au 36°
parallèles, régions des steppes. Ainsi s'établit au
nord du Sahara le système de transhumance sud-nord et
retour des nomades pasteurs cavaliers, organisés en
Tribus puissantes, et ceci pour des siècles. Ce système
pastoral est connu sous le nom arabe d'ACHABA, du mot « e’acheb
» qui veut dire herbe. Il produira les meilleurs moutons
et les meilleurs chevaux !
Ibn Khaldoun, le grand historien des tribus de l'Afrique
du Nord, a désigné ces populations nomades du Maghreb
sous le nom de « ZENETES ». Alors qu'il appelait «
SANHAJAS », les montagnards sédentaires de cette même
région.
Il faut bien comprendre que ce sont les Zénètes qui ont
produit, élevé et sélectionné, dans ces régions
steppiques du sud, grâce à leur mode de vie nomade et
pastoral, le véritable cheval du Maghreb. Il sera appelé
« barbe » plus tard !...
Les Vandales disparurent après avoir été vaincus par
Bélisaire en 534, envoyé par Justinien, Empereur de
Byzance pour reconquérir la province romaine d'Afrique.
Cette reconquête se limitera aux cités du nord du 36°
parallèle.
LES BERBERES
Les Zénètes ne reconnurent jamais l'autorité de
Byzance. Leurs descendants, à notre époque, s'appellent
eux-mêmes « IMAZIGHEN », c'est-à-dire « hommes libres
».
Car, en effet, après la chute de l'Empire romain
d'Occident, les zénètes possédèrent toutes les steppes
pré-sahariennes et toutes les hautes steppes (Hauts
plateaux) jusqu'au 36° parallèle. Des siècles de
liberté durant lesquels ils nomadisent avec leurs
troupeaux, des pâturages d'hiver de Ghardaïa au Sahara,
aux pâturages d'été dans le Tell de Tiaret. Leurs
chevaux sobres et endurants permettaient à leurs
cavaliers de protéger leur « achaba », mais aussi de
faire des razzias chez les tribus congénères. C'était
cela l'économie nomade !
Mais au VIIème siècle, de nouveaux conquérants arrivent
par terre. Ils viennent du MASHREK.
LES ARABES
Ce sont les ARABES ! Maître de La Mecque en 630, le
Prophète MAHOMET (mort en 632) lança les croyants à la
conquête du monde ; ils prenaient Jérusalem en 638.
En 647, après avoir soumis la Libye. avec 400 chevaux,
les arabes atteignent l'Afrique Byzantine. Ces conquérant
venant d'Arabie marchaient vers l'ouest... vers le coucher
du soleil, qui se dit en arabe: « moghreb ». C'est
pourquoi, ils donnèrent à ces nouvelles terres, entre le
grand désert et la mer, le nom de « Djaziret al Maghrib
», l'île du couchant (Magreb en prononciation
française).
Ces arabes ne comprenaient pas le langage des Zénètes et
des Sanhajas
Ils dirent : « c'est un jargon », qui se traduit en
arabe par « barbara ». Nous en avons fait « berbère
». D'autant plus facilement que le nouveau nom donné à
cette époque à cette région par les européens était
« barbaria ».
Les nomades Zénètes étaient aussi bons cavaliers, voire
meilleurs, que les conquérants arabes ! Ceux-ci
apportaient d'Orient la selle avec étriers et la ferrure
pour les chevaux. Les guerres favorisant les échanges de
techniques, les Zénètes les adoptèrent. C'était un
progrès considérable qui explique pourquoi la conquête
du Maghreb fut si difficile et longue. Elle ne sera
achevée qu'en 709. Tandis que la conquête suivante,
celle de l'Espagne, qui sera faite par les cavaliers
Berbères Zénètes sera très rapide ... quelques années
!
Le nom de Sidi OKBA ben NAFA reste attaché à la
conquête du Maghreb. En 670, il établit sa base
d'opérations au Nord-Est de la zone des steppes qu'il
voulait conquérir. C'est Kairouan, la plus ancienne ville
arabe du Maghreb. On reconnaît dans ce nom celui de «
Karaouan » c'est-à-dire « caravane ». Ce fut d'abord
le « campement » des caravanes de la conquête.
Après la création de sa base de départ, et avant de se
mettre en campagne, Sidi OKBA renouvela et augmenta sa
cavalerie. _Il la remonta avec les chevaux des nomades de
la réqion qui s'étend de Kairouan à Khenchela. Il
recruta les cavaliers berbères récemment convertis à
l'Islam.
Alors il put se lancer à travers le Maghreb. Par Thelepte
- Tébessa - Timgad - Tihaert - Calama (Tlemcen), il
atteint le Moghreb et aqsa (Maroc), et par Oulila
(Volubilis la romaine), il parvint à Tingis sur le
détroit des colonnes d'Hercule (Tanger). On dit
qu'arrivé sur les plages de l'Atlantique, il poussa son
cheval (barbe ?) dans les flots et prit Dieu à témoin
qu'il avait fini la conquête.
C'est au retour de cette grande expédition, revenant à
Kairouan, qu'il mourut au combat en 663, près de Biskra
où il est enterré.
Il est important de noter que cette nouvelle conquête de
l'Afrique du Nord par un nouveau conquérant, venant par
terre, se fit par l'intérieur, par les steppes des
Zénètes. Ces nomades se convertirent à la nouvelle
religion et vinrent grossir les rangs des « Cavaliers de
l'Islam ».
Cette conquête du Maghreb se termina en 709 avec la prise
définitive de Tanger par l'Émir berbère Tarik ben Ziad.
En 711, ce berbère envahit l'Espagne des Wisigoths avec
8000 cavaliers et chevaux zénètes. Ils débarquent dans
la baie dominée par la montagne célèbre qui prendra le
nom du conquérant : Gibraltar, le djebel de Tarik !
Les renforts berbères ne cesseront pas de rejoindre les
avant-gardes ... et Tarik s'emparera en quelques mois de
tout le sud de l'actuelle Andalousie : Al Andalus,
désormais province du Maghreb !
En 712, l'émir Moussa ben Nuçair débarque à son tour
à Al Djezair (Algésiras) avec 15 000 chevaux zénètes.
Il achève la conquête de la péninsule jusqu'aux
Pyrénées (719). Ainsi l'Espagne a été conquise en
quelques années. Attirés par le butin, les cavaliers
berbères islamisés se sont déversés sur l'Europe avec
leurs chevaux. Car il faut savoir que la coutume musulmane
donnait trois parts du butin au cavalier pour une seule
part au fantassin.
Ces cavaliers allèrent jusqu'à la Loire et à la Saône
; ils garderont Narbonne jusqu'en 759.
Voilà comment s'est produite la première importation
massive du cheval du Maghreb en Europe.
Elle est prouvée par les traces laissées dans les
parlers européens. Vous le savez : le genet d'Espagne fut
considéré longtemps comme le meilleur cheval de selle.
Eh bien, ce n'est autre que le « zénète d'Espagne »,
c'est-à-dire le produit né en Espagne de l'étalon
berbère (Das berber-pferd).
Notons encore, pour être complet, qu'au Moyen-âge, ce
cheval est aussi connu en Europe sous le nom de More ou de
Morisque. La raison en est qu'au XIème et au XIIème
siècles, les cavaliers marocains des dynasties
Almoravides et Almohades (Al Morabitun u al mohayidin)
reconquirent l'Espagne chrétienne jusqu'à Saragosse...
Il faut encore, revenant en arrière, ne pas oublier de
dire qu'au IXème siècle, les conquérants Aghlabides de
Kairouan en Tunisie ont conquis la Corse, la Sicile et le
sud de l'Italie (840).
Curieusement, les européens appelèrent ces maghrébins
de l'Est « Sarrasins ». Ceux-ci importèrent les chevaux
du Maghreb dans le mezzogiorno italien. Les rois
autrichiens Habsbourg les appelèrent « Napolitains »
quand, en 1580, ils fondèrent le haras de Lipizza.
Car, vous savez sans doute, qu'une famille de lipizzaners
s'appelle « Napolitano ». Ce sont des dérivés de
barbes ! Etonnant ?
2ème
PARTIE
LE BARBE
Enfin ! vous nous parlez du barbe ... me direz-vous ? Vous
avez compris que nous le suivons à la trace depuis les
Romains ? sans doute ! mais il n'avait pas encore son nom.
Eh bien le voici !
En 1550 à Venise, en 1556 à Lyon, parait un livre
intitulé : « La description de l'Afrique ». L'auteur
est Jean Léon (dit) l'Africain, professeur d'arabe à
l'Université de Bologne. Qui est-ce ? C'est El Hassan ben
Mohamned El Wazzani ez zayyati, né à Grenade en 1489.
Fuyant les Espagnols de la « reconquista », il est fait
prisonnier par les corsaires italiens. Il est acheté par
le Pape Léon X qui en fait un homme libre et le baptise :
Jean Léon ! Dès lors, il se fera appelé en arabe :
Yahia-al Asad-al Ghanati, Jean le Lion de Grenade. Il
écrit dans ce livre à propos de notre cheval :
« Ces chevaux sont appelés BARBERI en ITALIE, et il en
est ainsi dans toute l'EUROPE parce qu'ils viennent de la
BARBERIA. Ils sont d'une espèce qui naît dans ce pays
». Voilà ! Le dictionnaire italien confirme, en effet,
que le « BARBERO » est « cavallo della Barberia ».
Le Grand Robert le certifie : « BARBE, nom de l'italien
BARBERO, dérivé de BARBERIA, cheval d'Afrique du Nord
».
Par contre pour le « Standard dictionnary in English
lanquage » Barb signifie : « cheval importé par les
MAURES de BARBARIE en Espagne » !
Ce sera l'un de vos compatriotes qui tranchera la question
dans son livre « Le Haras des chevaux », publié à
Anvers en 1614. Il s'agit du Sieur JEAN TAQUET, seigneur
de Lechêne, de Helst, et autres lieux de Belgique et
Luxembourg, ECUYER des Princes. Il écrit que parmi les
plus nobles étalons qu'il faut importer, il y a ceux de
BARBARIE :
« ...les chevaux morisques ou de BARBARIE [passent]
d'Afrique en Italie, [et] de là ils viennent [jusqu’]
à nous... ». « Barbarie vers midi en Afrique, d'où ces
chevaux MORES ou BARBES nous viennent ;... ». « Ils sont
petits, mais forts au travail continuel et supportant
beaucoup... ». Enfin, notre cheval est clairement
identifié ! n'est-ce-pas ?
Avant d'aller plus loin en Europe, nous devons faire un
tour au delà de l'Atlantique. En effet, il faut
mentionner la migration extraordinaire du cheval des
Zénètes, le genet d'Espagne, vers les Amériques à
partir de 1492. Prolifique, il s'y est depuis reproduit de
façon étonnante et a repeuplé tout le nouveau monde qui
était vide de chevaux !
Evénement d'une telle importance, que l'on prétend avec
raison, que toutes les races des steppes américaines «
mustang - criollo - etc... » sont des dérivés des
Barbes !...
C'est pourquoi nous avons accepté à l'O.M.C.B. (1) la «
Spanish Barb Association » des USA.
Revenons aux XVIIème et XVIIIème siècles en Europe.
Tout s'est passé alors comme si le message de Jean Taquet
avait été entendu « Princes ! peuplez vos terres
d'étalons orientaux ».
En France, toutes les bonnes écuries sont remontées de
barbes. L'écuyer du Roi, PLUVINEL, enseigne l'équitation
au jeune Louis XIII sur le cheval « le mieux dressé de
la chrétienté » tel qu'on l'appelle « Le Bonite » (le
meilleur), de son nom véritable « Barbe Bai »
Cinquante ans plus tard, en 1665, le Grand Roi Louis XIV
décide d'améliorer l'élevage des chevaux de selle en
son Royaume, par des étalons qu'il fait acheter en
BARBARIE. Il les fait distribuer dans les Provinces de
Poitou, Saintonge et Auverqne.
En Angleterre, c'est au cours de ces deux siècles que fut
créé « le cheval de course anglais », dont le stud
book de Weatherby, en 1791, nous donne les pedigrees. On
découvre :
« que le BARBE a plus à faire avec notre pur sang
anglais que l'ARABE » selon Mr. Sidney, hippologue. Il
ajoute qu’ « il n'y a aucun pedigree que l'on puisse
tracer au delà de Morocco barb, appartenant à Lord
General Fairfax ». Ce dernier était un compagnon de
Cromwell. (Voir « Le livre du cheval », Paris 1892 par
Sidney, p. 246-327).
Voilà, à grands traits, l'histoire du cheval BARBE avant
la Révolution de 1789.
Au cours des guerres de la République et de l'Empire
toutes les ressources en chevaux, en France et en Europe,
furent utilisées dans leurs armées. Celles-ci firent des
campagnes sur tout notre continent de Naples et Lisbonne,
à Vienne, Berlin et Moscou. Les cavaliers de la Grande
Armée ont payé chèrement la mauvaise qualité des
chevaux de selle de troupe européens. Tout cela se
termina en 1814 par l'entrée des COSAQUES à Paris !
Les vétérans, ayant survécu à ces aventures,
transmirent aux jeunes générations l'idée simple et
incontournable qu’ « une bonne cavalerie se fait
d'abord avec des chevaux : Agiles, Dociles, Sobres,
Rustiques et Endurants ». Pour eux le meilleur cheval
était celui des Cosaques ! Mais comment produire des
chevaux de cette sorte dans nos pays fertiles qui
n'engendrent que des animaux de traits aux muscles épais
? Dilemme !
Les Hasards et l'Ironie de l'Histoire firent que les
héritiers de MURAT vaincu au Nord par les Cosaques,
seront eux, vainqueurs au sud dans un théâtre
d'opérations au moins aussi difficile sinon plus ! La
raison déterminante de ce succès a été, qu'ils ont
trouvé au sud de la Méditerranée le meilleur cheval de
selle de guerre de troupe : LE BARBE.
3ème
PARTIE
DU BARBE A L'ARABE-BARBE
Le 14 juin 1830 un corps expéditionnaire français
débarque dans la Régence Turque d'Alger, à Sidi
FERRUCH. Une longue guerre commençait dans un pays au
relief et au climat rudes contre un peuple de guerriers,
héritiers des Zénètes et des Sanhajas.
Dès les premiers combats vers l'intérieur les cavaliers
français comprirent :
1. que les chevaux européens étaient inaptes à faire
cette campagne,
2. que le cheval du pays était le seul capable de la
faire.
Il présentait, d'ailleurs, toutes les qualités décrites
comme nécessaires par leurs anciens de la Grande Armée !
Dès juillet, le ministère de la Guerre fut confié à un
vieux soldat ayant commandé en chef en Dalmatie et en
Espagne : le Maréchal SOULT. Il tira immédiatement la
leçon de ces observations des combattants ! Dès la fin
de 1830, il interdit l'exportation des chevaux du nord
vers le sud de la Méditerranée. La cavalerie devra se
remonter en chevaux du pays. Ce quelle fera désormais par
tous les procédés expéditifs : achats - razzias -
prises à l'ennemi ... de sorte que l'élevage algérien
du cheval fut ravagé.
En 1847, après 17 années de guerre, un rapport de
l'Inspecteur de la Cavalerie fit apparaître les graves
embarras du « Service Général de la Remonte »
(militaire) devant la pénurie de chevaux. Des achats
faits en Espagne et en Italie du sud avaient été
désastreux. Ces chevaux, descendants dégénérés des
barbes, n'étaient pas opérationnels sous le climat et
dans les terrains du Maghreb !
Ce rapport (publié à Paris en 1848) concluait à la
nécessité et à l'urgence de « relancer » l'élevage
du cheval algérien par une politique appropriée. En
outre, il préconisait d'en profiter pour « améliorer »
le barbe par le « croisement » avec des étalons arabes
importés de SYRIE. Enfin, il suggérait, pour augmenter
l'efficacité de ces interventions, de réunir en un seul
service militaire celui de la promotion de l'élevage
(étalons et encouragement aux éleveurs) et celui des
achats de la production pour l'armée ! C'est ainsi qu'est
née une institution originale au Maghreb :
l'administration militaire de l'élevage du cheval. Dès
1851, tous les services hippiques algériens furent
rassemblés en un seul corps militaire.
Le Règlement de 1852 de ce corps, appelé officiellement
« Service des remontes et établissements hippiques en
Algérie », définit ses missions :
1. Achats, acclimatement, livraisons aux régiments des
chevaux du pays.
2. Sélection (achats et importations) des étalons
reproducteurs Barbes et Arabes ; leur répartition dans
les tribus et les stations de monte sur tout le
territoire.
Enfin :
3. Distribution des primes aux éleveurs.
La finalité de cette politique d'élevage, très
volontariste, était clairement établie : c'était le
cheval de guerre de selle !
En quelques années, le Second Empire obtint des
résultats importants car les éleveurs du Maghreb
étaient efficaces, et les juments de ce pays très
prolifiques. Un historien militaire a écrit : «
l'Algérie a suffi non seulement à la remonte de sa
propre armée, mais … à celle de nombreux régiments
français ».
Ainsi, remarque historique de la plus haute importance,
dans la deuxième moitié du XIXème siècle, on est
passé globalement en Algérie, du BARBE à l'ARABE-BARBE
!
Nous en avons trouvé la preuve irréfutable dans un
rapport allemand sur les chevaux pris à l'armée
française durant la guerre malheureuse de 1870. Il y est
écrit : « les meilleurs (chevaux) étaient les petits
étalons arabes » (sic). Or, c'étaient les chevaux
algériens améliorés qui remontaient 22 régiments de la
cavalerie de France et d'Afrique ! Donc, si les allemands
ont confondu des ARABES-BARBES de troupe, avec des ARABES
purs, cela prouve le changement qui était intervenu dans
« le modèle » et « l'apparence » du cheval algérien.
N'est-ce-pas ???
Tel fut le tournant de l'élevage du cheval du Maghreb au
milieu du siècle dernier. L'ARABE-BARBE se révélera
être le meilleur cheval de cavalerie.
Le système de l'administration militaire de l'élevage du
cheval fut instauré à la fin du XIXème siècle en
Tunisie, et au Maroc au début du XXème. Dans ces deux
pays fut appliquée la même politique de l'élevage qu'en
Algérie.
Après la seconde guerre mondiale, en 1946, les dépôts
d'étalons des haras militaires ont été transmis à
l'Administration civile de l'Agriculture, service de
l'élevage. Ils comprenaient alors, dans les trois pays du
Maghreb, des étalons sélectionnés : BARBES, ARABES ET
ARABES-BARBES.
Arrêtons nous à cette période du milieu de ce siècle
et faisons le point de la question
En 1950, le manuel des chefs de stations de monte du
Service de l'élevage de l'Algérie nous apprend que «
les métis ARABES-BARBES constituent actuellement le fond
de la population (chevaline) de l'Afrique du Nord ». Si
vous m'avez écouté, vous connaissez les raisons de cet
état de fait, constaté au milieu de ce siècle ! C'est
la réalité irréfutable prouvée par un document
officiel. On peut y lire encore (p. 166) : «
...actuellement il est très difficile d'affirmer que l'on
puisse trouver un Barbe pur. On ne trouve que des types de
chevaux se rapprochant beaucoup de la race primitive de
Barbarie ; plus exactement, des chevaux ne montrant pas,
du point de vue morphologique, de traces de l'infusion de
sang arabe… » « (c'est) le cheval que l'on nomme Barbe
» ! On ne peut être plus clair. Ceci est la vérité qui
nous est transmise par les
zootechniciens du milieu de ce siècle, à une époque de
grande production de ce cheval. De nos jours, la
physionomie de l'élevage du cheval du Maghreb n'a pas
changé dans les faits. Mais on peut noter parfois un
changement dans les mots.
4ème
PARTIE
EN CONCLUSION
Ce qui est important, c'est que ce cheval, oublié pendant
plusieurs décennies, ait été réhabilité dans les
années quatre vingt.
En 1987, à ALGER, l'Organisation Mondiale du Cheval Barbe
(O.M.C.B.) a été fondée par des cavaliers recherchant
le cheval à tout faire, nécessaire à notre société
des loisirs, et par quelques adeptes du retour aux
origines.
Mais attention ! comprenez bien ceci : si, il avait été
oublié par les nantis du Nord, le BARBE
était bien vivant. Il avait été conservé, et il l'est
encore, par les cavaliers du Sud, ceux qui pratiquent la
véritable équitation arabe traditionnelle.
Afin d'encadrer les idées des nouveaux partisans du
cheval du Maghreb, l'O.M.C.B. élaborera immédiatement le
« standard théorique » du cheval BARBE PUR. Vous le
connaissez. J'en suis le rédacteur.
Ce « standard » est la description d'un cheval du
Maghreb se rapprochant le plus de la race primitive, sans
traces d'infusion de sang arabe. Il a été fait à titre
indicatif, car il fallait réorienter les idées
sympathiques mais floues, de nombreux adhérents !
Dans un deuxième temps, l'Organisation a pris en compte
le dérivé principal du BARBE. J'ai nommé «
L'ARABE-BARBE ».
Il constitue, on l'a déjà dit, l'essentiel de la
production du berceau de la race. Il se caractérise, et
se distingue du Barbe, qualifié de pur (?) par les traits
de sa tête, par le dessin de sa croupe et de ses jarrets,
et par la finesse de ses crins.
Un dernier point ! Je vous demande de ne pas oublier que
les statuts de l'O.M.C.B. lui interdisent de s'ingérer
dans la politique d'élevage de ses membres. Elle anime
les échanges d'idées sur LE BARBE. C'est ce que nous
faisons aujourd'hui, et, elle cautionne les stud-books
ouverts par les Associations étrangères au berceau de la
race : le Maghreb. Elle donne cette caution après
vérification du sérieux de la gestion des registres
généalogiques.
Dans ces limites, qui relèvent de l'honnêteté, on
remarque chez ses différents membres certaines
divergences d'expressions. Elles mettent en évidence des
lectures de l'histoire qui diffèrent, et des politiques
d'élevage qui ne sont pas identiques.
En voici deux illustrations. Dans le Procès Verbal des
Actes de l'Assemblée générale d'Oran, 1993, on remarque
ce qui suit :
En Algérie, les Haras nationaux (O.N.D.E.E.) publient
leurs statistiques de 1992. Nous y relevons que 904
chevaux ont été déclarés comme production de l'année
: Barbes et Arabes-Barbes confondus !
Au Maroc, au contraire, pour la même année, les Haras
nationaux nous informent qu'ils ont recensé comme
naissances : 14 Barbes et 1115 Arabes-Barbes !
Les Haras nationaux de Tunisie (F.N.A.R.C.) ne nous ont
pas fait connaître les résultats de leur élevage
national en 1992 !
Au total, j'espère vous avoir convaincus, que chacun
d'entre vous, épris du cheval du Maghreb, doit avoir une
« certaine idée » du Barbe-Arabe-Barbe !
Qu'il ait, votre cheval du Maghreb, des papiers B. ou des
papiers AB... c'est sans importance ! L'important est
qu'il soit authentique ; qu'il vienne des gisements
identifiés du berceau de la race ... gisements en voie de
disparition -hélas !...sous les coups de la modernité.
Alors ?... N'attendez pas.
NOTE
:
(1) Organisation Mondiale du Cheval Barbe.
Denis Bogros
(1927-2005)
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informations du site
:http://www.miscellanees.com/b/bogros07.htm

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